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Du bon usage des opérations de
fusion-acquisition pour les jeunes pousses
Ou le dépassement des frontières
artificielles entre nouvelle et vielle économies
Le temps
semble déjà loin, où les start ups parvenaient à lever des millions auprès
des sociétés de capital-risque sur simple présentation d’un projet sur
papier … et où les intermédiaires les plus improbables récupéraient des
commissions peu en rapport avec leur valeur ajoutée réelle. Pourtant,
c’était encore le cas il y a six mois.
En effet, depuis le retournement du
marché, ces jeunes pousses ont bien du mal à trouver des
financiers prêts à partager leur aventure. Elles sont donc amenées à revoir
leur stratégie de financement notamment vers la bonne « vieille
économie » ; les industriels
traditionnels ont les moyens de financer cette croissance au prix d’une
participation significative dans le capital des start ups. Seulement, ces
dernières sont souvent sceptiques face à ce nouveau type d’investisseurs
« Corporate » et il leur faut combattre quantité d’idées reçues
et souvent erronées.
Ainsi, les
jeunes entrepreneurs pensent
souvent que s’allier à un industriel est synonyme de perte
d’indépendance. Or, cette idée est aujourd’hui largement dépassée car
le milieu industriel connaît mieux qu’aucun autre l’importance de la
motivation dans la réussite d’un projet. Les dirigeants des
« Corporate » laissent donc une large autonomie afin de préserver
la motivation des jeunes équipes : la prise de participation de France
Télécom dans A La Page l’illustre parfaitement.
Par ailleurs, le but de tout dirigeant
de Start up est la réalisation de son investissement par l’introduction en
bourse ; or il semble considérer que céder une participation à un
industriel compromet fortement cette possibilité de plus-value. Cette
vision était certainement vraie il y a quelques années mais des exemples
récents prouvent qu’ elle n’est plus d’actualité : à titre d’exemple,
Dixons (DSG) avec Freeserve a compris l’intérêt de l’ouverture partielle du
capital de sa filiale en l’introduisant en bourse.
En outre, la
présence de telles sociétés dans le capital de ces start ups sécurise les
investisseurs privés et augmente ainsi la valeur de la société ; de plus,
elle ouvre une porte de sortie supplémentaire aux jeunes entrepreneurs car
un rachat total par l’Industriel reste possible en cas de non-introduction
en bourse.
La lenteur
d’action des grosses sociétés industrielles reste fréquemment répandue et décourage
les jeunes entrepreneurs vivants dans un monde où la réactivité est la clé
du succès.
Toutefois, là
encore, les mentalités évoluent et les « Corporate » ont compris
l’importance de la rapidité d’action. Pour mémoire, la transaction entre
LibertySurf d’une part, et Kingfisher et Groupe Arnault d’autre part s’est
conclue en un mois après la première réunion de travail entre les
dirigeants des deux parties.
A ces préjugés s’opposent toutefois des
avantages indéniables pour ces jeunes pousses à la présence de Groupes
Industriels dans leur capital :
Ø
en premier lieu, les
« Corporate » représentent une quasi assurance de pérennité pour
la start ups. Cette vision à long terme est une chance : combien de
start ups ont dû déposer leur bilan, après avoir réussi une première levée
de fonds ; les financiers ne
voulant prendre d’avantages de risques lors de la seconde levée.
Ø
en second lieu, les
« Corporate », de par leur présence mondiale, donnent dès le
départ une dimension internationale à ces start ups.
Ø
par ailleurs, ces
« Corporate » offrent une complémentarité réelle avec la nouvelle
économie. Il en est ainsi de Ooshop et Carrefour ou de Think Natural et
Superdrug.
Ø
enfin, dernier avantage », et non
des moindres, offert par l’alliance avec un « Corporate » : l’accès à des moyens financiers
abondants. Cet accès se paie bien sûr par des procédures plus lourdes, mais
la volonté de garder intacte la motivation des jeunes équipes a poussé les
« Corporate », sinon à alléger les procédures formelles, au moins
à accorder aux « intrapreneurs » une large autonomie de gestion
par rapport à certaines sociétés de capital -investissement.
Pour autant , les sociétés de
capital-investissement ne doivent pas se considérer comme éliminées de ces
transactions ; bien au contraire !
En effet, pour un industriel, il est
souvent important d’avoir une société de capital-investissement
professionnelle à ses côtés afin de crédibiliser son investissement aux
yeux de la communauté financière : l’investissement ne doit pas apparaître
seulement stratégique mais aussi rentable intrinsèquement.
En revanche, le métier du capital-risque
est amené à évoluer : les investisseurs financiers auront à payer une
prime d’entrée eu égard aux apports en nature ou en industrie que font les
« Corporate ». Autrement dit, ils achèteront plus cher que les
Industriels leur participation dans le capital des start ups ; les
seconds pouvant mettre à disposition le trafic drainé par leurs magasins ou
leur propre site Internet, par exemple.
Cependant, cette prime payée à l’entrée
offre aux premiers une nouvelle possibilité de sortie : en effet, ils
pourront céder leur participation à l’industriel si l’introduction en
bourse tardait trop.
A risque moins élevé, rentabilité
inférieure : telle est la règle ; le risque moindre justifie
cette prime.
Nous assistons donc à une nouvelle donne des rôles sur le
marché du financement des start ups.
Aujourd’hui, les forces des uns et des
autres se combinent dans des modèles hybrides où l’entrepreneur, l’industriel
et le financier collaborent.
Dans ce cadre, le rôle de
l’intermédiaire devient un rôle à forte valeur ajoutée :
l’intervention d’un partenaire indépendant, connaissant ces trois mondes et
parlant un langage commun est devenu indispensable ; l’intermédiation financière n’est plus
une simple mise en contact, c’est un accompagnement stratégique dès la
formalisation du projet, dans la négociation proprement dite et jusqu’au suivi après la conclusion de la
transaction.
Article publié dans "Les Echos.Net", lundi 9 avril 2001
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