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Intermédiaire financier : Une profession en quête d’identité

 

Dans un marché déprimé, à la recherche de son deuxième souffle, les intermédiaires financiers doivent désormais prouver leur utilité. Indépendant, Franck S. Giaoui est au cœur des mutations que connaît actuellement cette profession. Depuis quinze ans, il initie et réalise de nombreuses opérations de haut de bilan tant pour les grands groupes internationaux que pour les jeunes sociétés. Il trace ici quelques pistes de réflexion.

 

Quel est le rôle d’un intermédiaire financier à l’heure actuelle ?

En trois mots, faire le marché. Encore plus qu’à l’époque où les valeurs étaient tout le temps à la hausse, il n’y a aucune valeur objective actuellement. Celui qui apporte une vraie valeur ajoutée, c’est donc celui qui fait le marché dans le meilleur intérêt de la société à long terme. Cela veut dire trouver le bon mix d’actionnaires. Aujourd’hui ce sont des financiers et des industriels, et de plus en plus, ces derniers prennent le lead sur les premiers. C’est aussi trouver le bon équilibre entre France et étranger. C’est aussi quelqu’un qui va savoir parler un langage commun à tous ces intervenants, être crédible aux yeux de tous, tout en gardant son indépendance.

 

Que doit on attendre des intermédiaires financiers maintenant ?

La profession a beaucoup évolué en quinze ans. Il y avait typiquement deux types d’intermédiaires. D’une part, il y avait les grandes banques spécialisées comme Goldmann Sachs, Paribas et autres Lazard et Rotschild, qui intervenaient pour des grands groupes internationaux en échange d’un service en général de qualité. A l’autre extrême, on trouvait le banquier retraité avec un énorme carnet d’adresses mais possédant relativement peu de compétences techniques et peu d’infrastructures back-office : celui-ci agissait plutôt comme un entremetteur. Aujourd’hui, les entrepreneurs ont besoin de quelque chose entre les deux : des hommes et des femmes, entrepreneurs eux mêmes, qui ont la capacité de réaliser de manière intégrée et la partie technique (formalisation du dossier stratégique et financier) et la partie relationnelle (approche des investisseurs) et la partie transactionnelle (négociation du tour de table et clôture de deal). Ce sont ces trois choses qui font le nouveau métier d’un intermédiaire. Souvent il y a une composante psychologique importante pour aboutir à un accord entre les différents actionnaires de nos clients ! L’engagement personnel au plus haut niveau est donc une chose essentielle.

Si je veux faire ce métier aujourd’hui, il faut le faire de A à Z. Uniquement comme quelqu’un d’expérimenté, comme les cabinets d’avocats, avec des seniors et très peu de juniors. La tendance à se constituer comme des cabinets d’audit, qui sont eux, très hiérarchisés avec très peu de seniors et beaucoup de juniors, cela me paraît inadapté avec un métier, sophistiqué, extrêmement relationnel et basé avant tout sur la confiance personnelle.

 

Quel est le meilleur équilibre entre financiers et industriels dans le tour de table d’une start-up ?

De plus en plus, on revient vers une vision traditionnelle : construire de la valeur et derrière, il y aura une réalisation patrimoniale, par introduction en bourse, par cession industrielle, ou tout simplement par génération de cash-flow, ce qui est quand même la forme la plus traditionnelle de réalisation. Le financier apportera toujours la crédibilité objective de l’analyse d’un dossier. Dire que tel business a du sens, qu’il y du cash-flow. Bref une analyse technique. C’est irremplaçable. L’industriel apporte, lui, deux choses : tout d’abord, l’aspect institutionnel, sa garantie de pérennité. Il apporte aussi, comme c’est un industriel du secteur de la distribution et qu’on parle de commerce électronique, un trafic imporatnt par échange de flux entre monde réel et monde virtuel, par sa notoriété et aussi par sa connaissance du métier et des circuits.

 

A combien est le ticket d’entrée sur le secteur du commerce en ligne ?

C’est difficile à estimer. On dit qu’une campagne de communication à l’échelle nationale, c’est 10 millions d’euros, pour simplifier. Cela permet seulement de constituer une marque auprès du grand public. Derrière il faut quand même constituer une équipe, développer une technologie, prévoir un fond de roulement. En partant de zéro, c’est donc au minimum 10 millions d’euros. Mais aujourd’hui, créer un nom ex-nihilo paraît totalement déraisonnable. En fait la question est très difficile car elle part de l’hypothèse qu’il reste encore de la place sur le marché aux côtés des grands noms de la distribution…

 

Pourtant il se crée encore des enseignes ex-nihilo…

Heureusement que cela reste possible !

Toutefois, je ne le conseillerai pas à un entrepreneur actuellement, à moins qu’il ait une idée particulièrement originale… Ces dernières années, les gens ont dupliqué en ligne ce qui existait, avec un autre nom. Créer une activité entièrement originale, en ligne comme dans la réalité, cela restera toujours l’exception.

 

Interview publiée dans :

-          « Correspondance du commerce électronique » n°64, lundi 16 avril 2001

-          « Reflets ESSEC Magazine », n°45, 3° trimestre 2001

-          « Lettresdudroit.com », septembre 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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